Wikileaks : trop d’information ?

Le récent spectaculaire dévoilement de milliers de documents militaires par le site Wikileaks continue de faire couler beaucoup de …LCD.

L’establishment militaire martèle que les documents n’offrent aucune nouvelle information susceptible de nous faire mieux comprendre le déroulement de la guerre, et que le reste des documents pourrait potentiellement engendrer un risque pour les agents, informateurs et soldats sur le terrain. Entre autres, plusieurs documents contiennent le nom d’Afghans coopérant avec les forces étatsuniennes.

Le gouvernement du Canada a pour l’instant fait peu de vagues sur le sujet. On trouve dans les documents plusieurs références au Canada (Canoe; Cyberpresse), dont  une information importante concernant les capacités opérationnelles des Talibans, qui disposent d’armes sol-air, fait jusqu’à maintenant caché aux Canadiens. Or, si les Talibans sont équipés à ce point, plusieurs conclusions s’imposent, dont 1) il se trouve quelqu’un pour les équiper, quelque part (et presque certainement au Pakistan – or, le Pakistan est censé être notre allié dans cette opération*); 2) la position des FC sur le terrain est considérablement plus faible qu’on nous l’a laissé croire.

Ainsi, certaines de ces informations sont certainement susceptibles de (ou devraient) modifier les conditions du débat démocratique sur le déroulement de l’engagement du Canada en Afghanistan.

Donc, nous sommes pris entre Charybde et Scylla: d’une part, la manière sauvage, désorganisée, irresponsable dont les informations sont données compromet la sécurité d’êtres humains; d’autre part, si ces infos ne nous parvenaient pas de cette manière, comment nous parviendraient-elles? Certainement pas par les médias traditionnels, qui sont largement, sinon entièrement dépendants des sources officielles, «embedded», et des «experts» ayant des intérêts directs dans les nouvelles qu’ils commentent.

Je termine avec une question. Il est question aux États-Unis de construire et de mettre à la disposition du président (entre autres) un «interrupteur général» (kill switch) d’internet, qui pourrait peut-être effectuer une certaine sélection mais dont la fonction première serait de déconnecter des pans entiers du net (la plupart des centres nerveux d’Internet se trouvent toujours aux États-Unis). Wikileaks sera un argument de plus «pour».

*Pour le Pakistan, les derniers 9 ans n’ont pas été faciles: les débordements  de la guerre contre al-Qaïda/Taliban on déplacé des milliers de combattants au-delà des frontières, renforcé la position de dirigeants locaux défiant le gouvernement central, augmenté le nombre de frappes aériennes étatsuniennes, restructuré et renforcé le régime de corruption administrative, etc. Autrement dit, dans une certaine mesure le gouvernement du Pakistan fait ce qu’il peut pour survivre.

A propos S. Leman-Langlois

Titulaire, Chaire de recherche du Canada en surveillance et construction sociale du risque
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