Affaire Mahjoub : une décision imminente…

Mohammed Zeki Mahjoub, détenu au Canada sous «certificat de sécurité» depuis juin 2000, vient tout juste de terminer sa dernière représentation devant la Cour fédérale à Toronto pour faire invalider le certificat ou du moins relaxer les conditions de sa mise en liberté (surveillance 24/7, accompagnement par des agents de l’ASFC, fouille de ses colis, écoute de son téléphone, interdiction d’avoir un ordinateur connecté à Internet…).

Le gouvernement, via le SCRS, a présenté un dossier tellement faible contre lui qu’on a peine à imaginer comment le juge pourrait décider de maintenir le statu quo. Cela dit, depuis 2000 ce même dossier moribond contre Mahjoub a TOUJOURS bien fonctionné pour les autorités… Le problème est que la loi sur les certificats de sécurité donne un pouvoir presque sans limite aux autorités et leur impose des standards de démonstration tellement faibles que la simple croyance qu’un employé du SCRS peut entretenir à l’endroit de M. Mahjoub semble suffire à lui imposer l’équivalent d’une «sentence» plus sévère que celles qui sont appliquées à nos pires criminels.

Grosso modo, le dossier déposé par le SCRS, intitulé «évaluation de la menace», est un tissu de suppositions, d’informations vagues, d’erreurs grossières, de stéréotypes, d’une connaissance approximative de la problématique du terrorisme et d’informations provenues du fin fond des pires taules d’Égypte où la torture est monnaie courante.

Cela dit, même si on prend au pied de la lettre toute ces informations,  ça fait au grand total à peu près rien : Mahjoub serait allé se battre contre les soviétiques en Afghanistan en 1985; ensuite il aurait aidé d’autres moudjahidines comme lui à devenir membres d’al Jihad (groupe terroriste dirigé par Ayman al Zawahiri à l’époque); il aurait travaillé sur une ferme de ben Laden au Soudan au début des années 1990; il serait resté en contact avec d’autres comme lui qui sont suspectés d’être des terroristes, au début des années 1990.

Le certificat de sécurité est sensé être une protection contre les MENACES futures d’un individu. Pour juger de ces menaces, un criminologue moyen aurait besoin d’informations infiniment plus précises sur ce cas avant de se prononcer. Pour l’instant, tout ça reste vague et surtout, lointain. Le croirez-vous si je vous dis que les agents du SCRS n’ont pas jugé bon DE RENCONTRER LE SUJET avant de rédiger leurs rapports? La dernière fois qu’ils lui ont parlé était en 1999 — au siècle dernier. Leur excuse: c’est sûr que s’il est un terroriste il ne manquera pas de nous mentir à ce sujet. Bref, faudrait peut-être réviser nos programmes de criminologie: si les criminels mentent et manipulent, à quoi bon leur parler?

Mais si on ajoute que Mahjoub n’est jamais allé en Afghanistan, n’a jamais travaillé sur une ferme au Soudan, a contacté d’autres personnes suspectes comme lui …mais qui ont été relâchées depuis… Inutile d’ajouter de commentaire.

Ceci va coûter très cher au Canada. C’est malheureux pour l’argent de mes taxes, qui pourrait être mieux utilisé ailleurs que dans cette débâcle paranoïaque (ce sont des MILLIONS qui sont déjà brûlés dans ces causes de certificats de sécurité). Mais si M. Mahjoub intente une poursuite contre Sécurité publique Canada et Immigration et Citoyenneté Canada, ainsi que contre leurs ministres, je serai le premier à offrir de témoigner pour lui.

A propos S. Leman-Langlois

Titulaire, Chaire de recherche du Canada en surveillance et construction sociale du risque
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