Mapping des délinquants sexuels au Journal de Québec/Montréal

Cette semaine, et culminant dans l’édition du samedi avec la publication d’une carte de la ville de Québec avec le positionnement géographique de délinquants sexuels, le Journal de Québec en remet. La semaine dernière c’était une journaliste qui nous racontait, avec moult détails, ses rencontres avec des hommes qui croyaient qu’elle offrait ses services comme prostituée de luxe. Du grand journalisme. On y apprenait entre autres que des hommes paient pour des services sexuels et que, le cas échéant, ils s’attendent à en recevoir!

Cette semaine on refait la «loi de Megan» (loi du New Jersey permettant aux autorités de révéler au public certaines données sur la présence de certains types de délinquants sexuels dans leur voisinage) à la bonne franquette. Ayant épluché les rôles les journalistes ont placé sur une carte toutes les personnes accusées d’un acte à caractère sexuel. Faudra voir avec quel raffinement. Ça promet.

L’objectif proclamé du journal est de lancer le débat sur la publication du registre des délinquants sexuels, qui est pour l’instant réservé à la police.

Il y a plusieurs justifications offertes:

  1. prévention: si on sait où se trouvent les délinquants, on pourra les éviter et protéger nos enfants. En fait l’énorme majorité des crimes à caractère sexuel surviennent dans un cadre de relation familiale, amicale ou amoureuse. Ce ne sont pas des inconnus qui attaquent des inconnus. Au pire un tel registre public pourrait favoriser un faux sentiment de sécurité ou ajouter au dilemme de la victime qui se demande si elle a été victime ou si elle est responsable, puisque dans la mentalité du registre une victime est une personne attaquée par un étranger. Par ailleurs, je n’ai jamais vu de recherche montrant que la stigmatisation était un bon moyen de prévention. En général c’est plutôt le contraire.
  2. désir d’information/droit de savoir: bien sûr, si on demande à n’importe qui s’il ou elle désire davantage d’information, quel que soit le sujet, la réponse sera oui. Nous sommes dans une société de l’information. Cependant, ce qu’un registre public ne dit pas, c’est ce qu’il faut faire avec cette information. Les études montrent d’ailleurs qu’en fin de compte les registres publics des ÉUA sont très peu consultés: parce qu’on ne sait pas au juste quoi en faire. Faut-il déménager, lyncher, terroriser, attaquer, pleurer… il n’y pas de mode d’emploi.
  3. ils «méritent» d’être connus. Un de nos réflexes en matière de crime est de dénoncer, le crime et/ou le coupable. Donc cet outil est une forme de dénonciation permanente où le dénoncé est publiquement identifié, comme au temps des châtiments publics. C’était le bon temps, on ne peut pas en douter. Cependant, faudrait savoir ce qui mérite d’être connu, au sujet de qui et de quoi. Pour l’instant notre dégoût pour les criminels sexuels est extrême, et généralement motivé par ce que nous imaginons au sujet des pires sévices qu’on nous sert constamment à la télé. Cependant les crimes sexuels varient à l’extrême en gravité et, dans une grande mesure, ne sont pas objectivement plus graves que bien d’autres crimes.

Une chose dont on ne parlera peut-être pas est l’histoire de Steven Marshall, ce déjanté canadien qui a décidé de faire justice en tuant deux personnes identifiées par le répertoire public du Maine. Bref, les citoyens ordinaires ne consultent pas les registres, mais les batman amateurs, oui.

A propos S. Leman-Langlois

Titulaire, Chaire de recherche du Canada en surveillance et construction sociale du risque
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4 commentaires pour Mapping des délinquants sexuels au Journal de Québec/Montréal

  1. Karine dit :

    Pourquoi faut-il toujours copier les États-Unis, les américains sont des arriérés, leurs égos se font sentir à grandeur de la planète. Ce qu’il pense pas en dénonçant les délinquants publiquement, c’est qu’ils multiplieront le risque de récidive. Les victimes des familles ainsi que les enfants seront pointés. Ce n’est pas seulement le délinquant qui paiera dans tout cela, imaginer les enfants des délinquants, les frères, les soeurs, l’épouse etc… ils n’ont pas à souffrir d’avantage, à payer pour ce geste. Le problème c’est qu’on parle juste des délinquants qui récidive, mais ceux sous traitement qui ne récidive pas eux on n’en parle pas et pourtant ils sont nombreux. Exemple sur une période de quatre ans le taux de récidive d’un délinquant sous traitement est de 8,1% c’est à dire qu’il y a 92% des délinquants qui ne récidive pas. Pourquoi enfermé des délinquants qui ont fait une erreur dans leur vie suite à leur malchance, la plupart on subit eux-même des gestes obscènes dans leur enfance, c’est le cercle vicieux qui s’installe. La prison ne fait que transformer de simple délinquant en délinquant dangereux, La thérapie donne au moins une chance pour le délinquant ne récidive plus. Je connais beaucoup de délinquants qu’ils n’ont jamais récidivés.

    • Explique sa au parent que leur enfant c’est fait enculé par le voisin, miss wise.

      • S. Leman-Langlois dit :

        Je laisse ce commentaire là parce qu’on voit bien comment la pensée mal dégrossie correspond à la façon dont on réussit (à peine) à l’exprimer!

      • Karine Robichaud dit :

        Tu devrais retourner à l’école, en compréhension de texte, car tu n’as rien compris idiot. Premièrement le registre ne sera pas juste pour les agresseurs imbécile, il a des délinquants sexuels qui n’ont pas touché à personne et qu’ils feront partis du registre. J’ai été moi-même agressé quand j’étais plus jeune alors je sais de quoi je parle, alors le commentaire d’un borné qui a pris ça référence dans la propagande des journaux m’énerve pas trop. Sois original, aye ton opinion imbécile.

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