Mapping des délinquants sexuels: le résultat!

Pages 2 et 3 ce matin.

Notez que le journal confond volontairement les termes «délinquant sexuel» et «pédophile» dans un effort évident de démontrer que la ville est dangereuse et que les enfants des CPE sont en danger.

Le but prétendu par la direction du journal est de «lancer le débat»… or ici on voit bien que le débat est terminé: la carte est déjà là, suivie d’une autre double page où des gens encore moins informés que les journalistes (dont la vonlonté est clairement de mélanger les choses encore plus) disent avoir peur. Moi aussi j’aurais peur si on me tenait dans le noir à ce point.

Au moins on a omis le nom et l’adresse précise des délinquants.

À la fin du reportage on nous annonce la série qui suivra: les clients de prostituées la semaine dernière, les pédophiles embusqués près de chez vous cette semaine …la semaine prochaine, «de playmate à maman»! (je vous laisse deviner si on a illustré avec une photo de maman ou de playmate).

A propos S. Leman-Langlois

Titulaire, Chaire de recherche du Canada en surveillance et construction sociale du risque
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2 commentaires pour Mapping des délinquants sexuels: le résultat!

  1. Émilie L.S. dit :

     »Au moins on a omis le nom et l’adresse précise des délinquants. » C’est bien la moindre des choses.

    On pense beaucoup à la sécurité de la  »société » comme si les délinquants sexuels n’étaient pas humains eux-aussi… Tous le monde est égaux en ce qui attrait au droit à la sécurité, et certains ont tendance à l’oublier.

    Loin de là l’idée d’approuver les crimes sexuels commis, mais il y a une limite. On ne publie pas les adresses de centres pour femmes battues (question de sécurité), on devrait alors y penser à 2 fois avant de donner l’adresse d’un EX-délinquant sexuel, en plein effort de réinsertion social, qui a peut-être un taux de récidive assez faible.

    Nous en avons parlé cette semaine dans notre cours de Gestion et évaluation du risque et sincèrement, il y a probablement plus de risques à divulguer cette info que de ne pas le faire. Sait-on les impacts psychologiques que cela pourrait engendrer chez le délinquant? Sait-on comment le québécois moyen réagirait en contact avec ces coordonnées facile à trouver sur Google Map… ?

  2. Me Julien Grégoire dit :

    Monsieur Leman-Langlois,

    Ayant eu à récemment donner mon opinion juridique à un journaliste de TVA relativement aux reportages sur la question de savoir si la publication, comme aux USA, d’un registre des délinquants sexuels serait légale, j’ai dû me procurer la version papier du Journal de Québec des derniers jours. Évidemment, on peut difficilement donner son opinion sur un sujet si on ne prend pas le soin de lire minimalement l’auteur de la demande d’entrevue…

    En lisant l’édition de ce jour (samedi 29 septembre 2012), j’ai eu le privilège de constater que vous aviez, dans la mesure où ils sont rapportés fidèlement, formulé les propos suivants : « il y a un certain intérêt initial, mais l’immense majorité des gens ne consulte pas ces sites. Ce sont des sites qui ont un achalandage très faible (…) Je suis absolument convaincu que c’est une très mauvaise idée. » [Je souligne]

    Je tenais à vous dire que je partage à 100% votre opinion. Au-delà de l’aspect légal et constitutionnel, je me suis permis de donner également mon opinion sur la pertinence ou l’opportunité « sociale » d’une éventuelle publication de ce registe au journaliste José Laganière de TVA. Évidemment, sans grande surprise, au montage final, des 20 minutes d’entretien données, ne fut retenu que 10 secondes… Comprenant parfaitement le « rôle » des médias que vous ciblez à merveille dans votre volume Sociocriminologie (p. 25), je ne m’en offusque point… Je trouve simplement curieux et/ou paradoxal que les lecteurs ou téléspectateurs interrogés semblent unanimes pour dire qu’ils aimeraient savoir (la « fameuse » question : « Où sont les pédos ! »- répondre : regardez autour de vous serait sans doute superfétatoire)… Or, si tant est que c’est vrai (qu’on veuille vraiment savoir), il existe déjà un registre public : le plumitif (registre des dossiers judiciaires au Québec)… Avec, maintenant, la publication du rôle d’évaluation foncière où l’on peut non seulement aisément savoir la valeur de la propriété de son voisin, mais également son nom au complet (quant à son adresse, il me semble qu’elle est évidente à « deviner ») et bien le plumitif peut renseigner la moindre curiosité, fondée ou non… Il regorge d’informations bien au-delà des crimes sexuels, mais également des crimes de drogues, de violence ou de conduite avec les facultés affaiblies… Je me demande encore s’il est plus « pertinent » de savoir si mon voisin a déjà été condamné pour agression sexuelle ou bien pour production et trafic de drogues dures… Surtout si j’habite près d’une école. Je ne crois pas me tromper en affirmant que, statistiquement, la drogue dans son ensemble (d’autant si on y incluait les crimes reliés…) est un fléau plus dévastateur que les crimes à nature sexuelle. Le profane croyant sans doute que seuls les « prédateurs » et/ou « pédophiles » (termes qui ne se retrouvent nul part au Code criminel, incidemment) peut certes penser que le registre des délinquants sexuels est compilé que de ces « malades ». Or, le moindrement informé, ce même profane réaliserait que celui qui, adulte, enivré dans un bar, aurait subrepticement touché les fesses au-dessus des vêtements d’une dame et été déclaré coupable d’agression sexuelle (art. 271 du Code criminel), est également « enregistré » dans ce registre avec les obligations qui s’y rattachent… Bien entendu, il faudrait sans doute mettre sa photo sur un poteau avec l’étiquette « pédo » question que, en déménageant, nous devions déclarer ce « vice caché » aux éventuels acheteurs de notre propriété qui, fort probablement, offriraient beaucoup moins pour acquérir notre propriété… Enfin, tant qu’à suivre la « logique » populiste, pourquoi ne pas rendre public l’autre outil d’enquête policière : le registre de bertillonnage (empreintes digitales et photographies) et, tant qu’à y être, le registre D’ADN !? On a pas le temps d’aller voter, d’aller mener les p’tits à la garderie, de prendre du temps pour soi, mais, subitement, on aurait le temps de jouer à la police alors qu’on paie nos taxes et impôts pour, entre autre, assurer notre sécurité… Il y a des choix politiques, peut-être que certains corps de police manquent de ressources, comme je l’ai souligné au journaliste de TVA, dont la chaine a effectué certains « pornoreportages » ce printemps démontrant le manque de ressources policières dans la traque aux « cyberprédateurs »…

    En cette période d’Halloween qui s’annonce, chers parents, chers grands-parents, au lieu de suspecter les lieux sombres, assurez-vous donc que vos enfants portents des vêtements visibles et chauds, qu’ils cogneront à des portes où, accompagnés d’adultes responsables, ils pourront s’amuser en petits monstres à chercher des friandises que vous aurez, préalablement à leur engloutissement, inspectées et analysées. Ah, et au-delà de la panique et la stupeur généralisée quant aux « pédos », prenez dont un moment pour faire le plus important : Aimez vos enfants en leur apportant réconfort, soutien, chaleur humaine et des valeurs et principes d’éducation en vue de les prévenir du danger…

    Enfin, le « pornojournalisme » (terme que vous avez récemment employé dans un autre forum) me fascinera toujours… Mais ce n’est rien à comparer aux réflexions sociales qu’il puisse engengrer…

    Trève de commentaires et/ou de plaidoiries, je dois aller me faire un autre café et, étant pris subitement de panique, je vais aller m’assurer que mon voisin, à qui j’aurais prêté ma tondeuse, ne serait pas un receleur de tondeuse… Un registre public de receleur de tondeuse ? Oui, il faudrait j’écrive au sénateur Boisvenu…

    C’est en vous souhaitant un excellent week-end, que je vous réitère mon appréciation de votre opinion à l’endroit du sujet en titre.

    Me Julien Grégoire

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