L’abolition du service Option-Vie

Le 31 août 2012, le gouvernement fédéral sonnait le glas d’un des services de réinsertion sociale les plus novateurs de l’histoire des services correctionnels canadiens. Vieux d’une expérience d’une vingtaine d’années, Option-Vie (Lifeline dans sa déclinaison anglaise) était un service créé en 1991 par Service correctionnel Canada dans le but d’offrir du soutien à toutes les prisonnières et les prisonniers condamné-es à une peine d’emprisonnement à perpétuité. Plus tard, le service élargit ses clientèles pour y inclure les personnes purgeant de longues peines d’incarcération. Option-Vie divisait ses services en deux temps/espaces considérés cruciaux sur le plan d’une réinsertion sociale réussie. Le premier temps comprenait des services de mentorat à l’intérieur de l’espace même du pénitencier, dans le but d’apprivoiser l’insoutenable durée de la réclusion et d’en préparer la sortie en communauté. Le deuxième volet, quant à lui, consistait en l’offre de services dans les premiers temps de la remise en liberté, dans ces espaces communautaires incongrus et dissonants au sein desquels les prisonniers de longue date sont projetés en n’ayant qu’une idée très approximative, souvent factice, de ce qu’est devenue la vie en communauté.
Certes, plusieurs organismes communautaires offrent, au Canada, des services similaires, mais l’unicité d’Option-Vie tenait en ce que ses intervenants étaient tous des condamnés à perpétuité s’étant « réinsérés » avec succès en communauté. Voilà donc le secret dévoilé : des condamnés à perpétuité aidant d’autres condamnés à perpétuité à ne pas récidiver. Qui saurait mieux appréhender la tourmente d’une peine de longue durée et soutenir l’embastillé qu’une personne qui a déjà surmonté cet enfer ? Quoi de mieux pour contribuer significativement à la sacrosainte « sécurité du public » si chère au gouvernement fédéral actuel ? Les succès d’Option-Vie à cet égard en ont fait la renommée internationale et lui ont valu de nombreuses distinctions. Alors que le Canada abolissait ce service pionnier, le Colorado avait sur sa table à dessins la préparation d’un calque inspiré directement de l’expérience canadienne !
Seulement voilà, dans une conception essentiellement entrepreneuriale le gouvernement fédéral a procédé à des coupures budgétaires substantielles au sein des services correctionnels dans une optique de rentabilité. Alors que le coût annuel du service Option-Vie était à peine estimé à 0,06 pourcent du budget annuel de trois milliards de dollars de Service correctionnel Canada, son abolition aurait été jugée nécessaire, néanmoins, car Option-Vie n’aurait pas su démontrer adéquatement son efficacité coût-bénéfice, ne produisant « aucun résultat permettant d’améliorer la sécurité du public » . Malgré le maigre coût financier du service – et en dépit des statistiques gouvernementales attestant que les condamnés à perpétuité sont parmi les moins susceptibles de récidiver – il semble que son coût électoral (voire idéologique) ait eu raison de cette emblème canadienne.

Cet article a été publié dans Divers. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s