Bell revend ses clients

Bell Canada a annoncé à ses usagers (cliquez ce lien, déroulez jusqu’en bas et cliquez «refus» …c’est un opt out) qu’elle entend désormais revendre (elle dit, «partager», c’est plus sympathique) les renseignements qu’elle détient à leur sujet. Pour les gros clients de Bell, ceci pourrait inclure (Bell reste floue sur le sujet):

  1. métadata sur les communications téléphoniques résidentielles (habitudes de communication)
  2. métadata sur les communications cellulaires, incluant déplacements géographiques
  3. usage d’internet (URL visités, heures passées devant l’ordinateur, nombre de personnes se loguant sur l’ordi, etc.)
  4. métadata sur les communications par courriel
  5. habitudes de consommation télévisuelle, incluant Pay per view et VOD, usage du terminal, etc.
  6. nombre, fréquence d’usage et ID des dispositifs qui ont accès à votre réseau domestique (téléphones, ordinateurs, tablettes, imprimantes, scanners)
  7. usage général de toutes ces technologies donc, par déduction, que faites-vous dans votre journée

Ça fait beaucoup!

Notez aussi que beaucoup de ses informations passent, ou sont stockées, dans des serveurs aux États-Unis, donc sujettes aux dispositions d’interceptions prévues au Patritot Act (et bien sûr aux jouets d’analyse de la NSA).

Un article de La Presse prend la question sous l’angle classique de la «légalité» du projet de Bell. Cette question, me semble-t-il, est excessivement limitée et naïve. Limitée parce qu’elle sous-entend que ce qui est permis par la loi est nécessairement acceptable et légitime. Or, et surtout en matière de nouvelles technologies, il arrive souvent (pas toujours, attention) que la loi ait «oublié» de larges pans de ce qui est possible simplement parce que ça n’existait pas au moment où on l’a écrite. Naïve, parce que la loi, ça se change. D’ailleurs le tollé soulevé par le projet fédéral C-30 qui voulait donner à la police un accès non supervisé aux données de communications des Canadiens, le montre. Dans ce cas la loi n’a pas changé, direz-vous, mais surveillez bien, le gouvernement s’apprête à une nouvelle offensive en la matière, probablement en découpant les pouvoirs en tranches plus fines, dans une suite de projets, plutôt que dans un seul.

Ajout 23 octobre: notez que l’option «opt out» mentionnée au premier paragraphe ne signifie pas que vos informations ne seront pas vendues; vous refusez simplement que Bell les utilise pour cibler la pub qu’elle vous envoie.

Autre info: Virgin Mobile, subsidiaire de Bell, suit également avec les mêmes politiques.

A propos S. Leman-Langlois

Titulaire, Chaire de recherche du Canada en surveillance et construction sociale du risque
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