Edward Snowden : la surveillance et la vie privée à l’âge de la société informatique

Avec tout ce qui s’est passé depuis les révélations d’Edward Snowden, c’est important de prendre un peu de recul pour bien saisir l’énormité des actions de celui-ci. À lui seul, il a réussi à soulever la question de la surveillance à une position importante parmi le discours vernaculaire.

Nous devenons une société transparente où la documentation de notre passé, de notre identité, de nos déplacements, etc., est de plus en plus chose du commun. La collecte de l’information personnelle se fait souvent de manière invisible et régulière. Bref, elle est intégrée dans les activités routinières et quotidiennes. La connaissance et le consentement de la part de l’objet de cette attention peuvent souvent faire défaut. La quantité et le type de renseignements personnels recueillis augmentent à un rythme phénoménal. Les nouvelles technologies ont le potentiel de révéler l’invisible, l’oublié et le caché.

Chaque fois que les défenseurs des droits civils soulèvent la question de l’amenuisement de la vie privée, ils ont tendance à formuler leurs préoccupations autour de la croissance de la surveillance et de la possibilité de devenir une société de surveillance totale; et de nos jours, la surveillance s’appuie sur la technologie de l’information.

Le progrès rapide de l’équipement d’interception vidéo et audio, de la technologie d’identification et de la collecte de renseignements a créé de nouvelles possibilités extraordinaires pour les différentes entités chargées de maintenir la sécurité. La surveillance est devenue un élément fixe de l’économie de l’information, un élément adopté de plus en plus aussi bien par les gouvernements que par les entreprises privées.

Selon Davies (1997), la vie privée est le critère fondamental de la force d’une société libre. Le droit à la vie privée est le droit de se protéger contre les intrusions du monde extérieur. Davies pousse cette idée un peu plus loin et affirme que la vie privée est le partenaire naturel de la liberté d’expression. Alors que le monde embrasse la société de l’information, et que nos vies sont de plus en plus numérisées, les forces qui favorisent la censure diminuent également la vie privée — et vice versa. Il deviendra évident dans les prochaines années que ces deux droits forment les grands piliers de toute société libre.

Les agences de sécurité ont toujours soutenu que la vie privée et l’anonymat sont de mauvaises nouvelles pour l’application de la loi et le maintien de la sécurité publique. Depuis longtemps, les autorités ont tenté de créer des citoyens facilement identifiables. Ils font valoir que la surveillance est nécessaire pour maintenir la loi et l’ordre et même qu’elle aide à créer de la stabilité. La logique est souvent manipulée pour travailler en leur faveur, mais un nombre important de personnes ont néanmoins été persuadées que la cession de leur vie privée est le prix que nous devons payer pour une société meilleure et plus sécuritaire. De plus, la capacité du gouvernement d’acquérir, d’accumuler, d’analyser et de stocké des renseignements personnels se développe rapidement…. et alors, il reste à savoir si Edward Snowden en sortant de l’ombre a fait quelque chose qui a le potentiel de changer la culture de la surveillance que nous connaissons… ou non.

DAVIES, Simon (1997), “Time for a byte of privacy please”, Privacy International, London School of Economic.

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Un commentaire pour Edward Snowden : la surveillance et la vie privée à l’âge de la société informatique

  1. S. Leman-Langlois dit :

    En fait je pense que les agences de SIGINT actuelles sont dans le même mode de pensée (irréfléchi) que les internautes d’«autrefois» (hé-hé… disons, il y a 10 ans!), pour qui Internet représentait un espace où l’information «voulait» être libre (et gratuite) et où aucune régulation ne pourrait jamais avoir prise… Bref, l’attitude «enfant dans le magasin de bonbons».
    L’internaute a déchanté…. Mais pas les agences de renseignement.

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