Jusqu’où irons nous ?

Le kidnapping de la petite Victoria à l’hôpital CSSS de Trois-Rivières en mai dernier a semé la consternation à travers la population. Une des mesures de sécurité mise de l’avant par la direction de l’établissement est l’instauration d’un système de bracelet électronique de géolocalisation pour les nouveau-nés. 

Ce système de bracelet électronique est généralement utilisé pour localiser des criminels ou des demandeurs d’asile qui ont des conditions particulières à respecter, telles que des couvre-feux ou l’interdiction de quitter le territoire. Il, est vrai par contre, que ce système est utilisé par certains centres hospitaliers en France à la suite d’enlèvement de nouveau-nés, mais est-ce que cela représente la meilleure solution ?

Nul ne doute que l’enlèvement d’un enfant est une tragédie, mais il ne faut pas non plus, par la suite tomber dans une panique générale. Car de prime abord, il faut se demander comment Valérie Poulin Collins a-t-elle eu accès aussi facilement à l’aile d’obstétrique du centre hospitalier et comment a-t-elle pu en ressortir aussi facilement ? Les médias ont rapporté qu’elle avait « utilisé un faux prétexte pour subtiliser le bébé et s’éclipser tranquillement vers la sortie« .  La réponse du centre à cela, instaurer des bracelets électroniques de géolocalisation à tous les nouveau-nés !

Minute, on retourne en arrière, Valérie Poulin Collins a « utilisé un faux prétexte pour subtiliser le bébé », donc elle a parlé à des gens qui travaillent à l’aile d’obstétrique du centre hospitalier. Ce que nous dit ceci, c’est que les mesures de sécurité d’accès aux nouveau-nés ne sont pas adéquates et que le personnel du centre a « mal fait sa job » comme on dirait en bon québécois et  personne ne s’est rendu compte qu’elle était une imposteur.

Il ne serait pas plus simple et moins onéreux de simplement renforcer les mesures de contrôle d’accès aux nouveau-nées, en instaurant un système de carte magnétique aux infirmières qui donnerait accès aux bébés ou simplement restreindre l’accès aux nouveau-nées à certaines personnes ? La mise en place des bracelets électroniques semble une mesure démesurée et drastique d’un problème simple à régler.  Cela évite par le fait même de regarder les problèmes de bases, celui de l’accès aux bébés, donc de devoir blâmer certaines personnes précisément pour le manque de vigilance qu’elles ont eu. Car à la base, c’est une très mauvaise gestion de la sécurité qui a été fait par le personnel du centre hospitalier. Au lieu de fixer ce qui est défectueux, on opte pour la solution simple, c’est-à-dire ajouter plus de sécurité.

Cette mesure drastique de surveillance que veut instaurer l’hôpital est totalement en lien avec la culture de la surveillance généralisée qui s’installe tranquillement dans nos sociétés.

La surveillance des nouveau-nés ne s’arrête pas là, car cela va encore plus loin et les écrits de Henry A.Giroux peuvent nous éclaircir quelque peu sur les dérives possibles de cette culture de la surveillance dans laquelle nous sommes en train de sombrer. Car la vue des bracelets électroniques de géolocalisation va toujours rappeler, aux personnes qui les voient, la présence d’une menace, menace qui n’est pas nécessairement justifiée, car les probabilités statistiques qu’elle se concrétise sont extrêmement faibles. La simple vue des bracelets électroniques aura comme effet d’accroître un sentiment d’insécurité permanent et tous ceux qui seront constamment en contact avec ce système deviendront suspicieux des étrangers à la longue.

Ces bracelets électroniques de géolocalisation sont aussi accessibles à tous parents qui sentent le besoin de surveiller constamment son enfant, malgré les effets néfastes que cela peut provoquer pour l’enfant, dont le manque de confiance en soi. Certaines écoles aux États-Unis imposent le port d’une carte d’identification équipée d’une puce radio à ses étudiants et une étudiante qui contestait en cours fédéral la politique de l’établissement obligeant le port de cette carte à même perdu sa requête en Cour d’appel fédéral et devra donc se plier au jugement. À Londres, un individu est filmé environ 300 fois par jours par les caméras de surveillance de la ville et aucun moyen d’y échapper. 

Ce qui est surtout en cause ici, c’est la liberté dont nous disposons. Liberté de mouvements et de la vie privée. Liberté et vie privée qui sont des droits fondamentaux de nos société et des valeurs démocratiques de nos systèmes politiques. Liberté qui semble acquise pour certains, mais qui tranquillement s’érode au profit d’une culture de la surveillance globalisé. Ce qui nous rappelle étrangement le célèbre film de George Orwell 1984. 

Cet article a été publié dans Surveillance, Surveillance informatique, vie privée. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s