Hello Barbie : le jouet qui vous écoute

Mattel vient tout juste d’annoncer la commercialisation d’Hello Barbie, jouet connecté wi-fi qui promet d’interagir verbalement avec les enfants. Pour accomplir ce miracle (censé sauver les ventes de Barbie qui sont en ralentissement) la compagnie s’est alliée avec Toy Talk, promoteur de personnages interactifs fondés par des anciens de Pixar.

Hello Barbie doit apprendre à reconnaître la voix et la prononciation de votre enfant et accomplit ceci en se connectant à des serveurs chez Toy Talk. Ces serveurs reçoivent des bribes d’enregistrements de voix, des mots clés et autres sons qui sont utilisés pour personnaliser les réponses de Barbie.

Évidemment il ne s’agit aucunement d’une technologie nouvelle ou rare: si vous avez un téléphone Android ou Apple contrôlé par la voix (qui démarre avec «ok Google» ou «hé Siri») vous trimbalez déjà un gadget qui vous écoute 24/24h. Si vous avez une télé Samsung contrôlée par la voix, c’est aussi un autre micro dans votre salon qui envoie des informations à un serveur de l’autre côté de la planète. Cependant, outre l’idée saugrenue voulant qu’un enfant ne puisse s’amuser avec son imagination seule et nécessite des jouets qui lui parlent — qui risque de s’étendre comme un feu de broussailles — c’est de donner une fenêtre directe dans l’intimité de nos enfants à des multinationales qui risque le plus de nuire aux ventes.

Cela dit, tout comme on ne trouve plus aujourd’hui de jouet ne nécessitant pas de batterie, ma boule de cristal me montre un monde, tout proche, où tous les jouets sont «connectés» et interagissent avec les enfants, et certainement en partie pour leur rappeler combien tel ou tel nouvel accessoire serait super cool. La télé Samsung le fait pour les adultes, qui se croient immunisés contre le marketing ciblé. Bientôt, dans le web des objets, on pourra mettre en commun les babillages recueillis par Babie, les commentaires des parents devant leur télé, l’usage du thermostat (déjà disponible), de l’éclairage (aussi déjà disponible au Ro-Na du coin), de la porte d’entrée (…ouaip. Weiser, entre autres), du réfrigérateur (d’ici quelques mois), de la voiture (bon là c’est même plus nouveau), etc. Bref dans la prochaine demi-décennie notre monde branché sera constitué de milliers de capteurs d’information à notre sujet.

Bien sûr si vous êtes absolument certain de ne faire entorse à aucune des 33000 lois pénales du Canada, ça devrait bien aller. Et si vous êtes certain de ne jamais vouloir protester à gauche (non au pipeline!) à droite (non au registre des armes à feu) ou au centre (non au désinvestissement en éducation) ça devrait bien aller aussi. Pour le reste tout va pour le mieux: les êtres humains impliqués dans la collecte, l’analyse et l’utilisation des informations sont tous bien intentionnés, leurs algorithmes et leurs robots sont neutres et il n’y a aucune erreur dans les bases de données. Et il n’y a pas de hackers qui pourraient être intéressés à tout ça non plus. Tout va bien, retournez faire dodo.

A propos S. Leman-Langlois

Titulaire, Chaire de recherche du Canada en surveillance et construction sociale du risque
Cet article a été publié dans cybersécurité, Internet, Surveillance, Surveillance informatique. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s