Laboratoire de surveillance virtuelle (LSV)

Ce projet de laboratoire de surveillance virtuelle s’inscrit dans le programme scientifique de la chaire du Canada en surveillance et construction sociale du risque. Le laboratoire constituera un pilier essentiel au développement de nos recherches sur la réaction à la surveillance.

Jusqu’à ce jour, les études sur la surveillance ont surtout porté sur les aspects sociopolitiques du phénomène et ont surtout observé des conditions généralisées de surveillance (par exemple, tous les collaborateurs du numéro spécial de Cultures et Conflits sur la surveillance (2006, no 4). Une grave lacune est le manque d’attention porté au monde des acteurs en contexte, ce à quoi nous proposons de remédier. S’il est facile de supposer que nous changeons notre comportement lorsque nous nous sentons surveillés, la réalité est autrement plus complexe: à quel point sommes-nous capables de nous adapter? Cette adaptation dépend-elle de l’identité de celui qui nous surveille? Des sanctions ou des bénéfices sont-ils nécessaires, et à quel point? Existe-t-il des situations où nous désirons être surveillés? Pourquoi ? Le but de l’infrastructure proposée est de mieux comprendre les mécanismes sociaux et culturels qui déterminent les modes de notre adaptation à de nouveaux contextes de surveillance.

Ce genre de question est hautement pertinent dans la société contemporaine, où de nouvelles lois, règlements, pratiques privées, désirs personnels et autres facteurs sociaux et individuels sont de plus en plus favorables à la surveillance du citoyen, de l’usager, du visiteur et du voisin. Par ailleurs, le fulgurant développement des technologies de surveillance, tant celles qui enregistrent notre image, qui mesurent notre main ou notre iris, qui archivent l’information pour une durée illimitée, qui retracent nos activités sur Internet ou l’utilisation de nos cartes de crédit, deviennent à la fois plus sophistiquées, plus puissantes, et plus faciles d’accès à la fois au chapitre des compétences requises et à celui des fonds nécessaires à leur acquisition.

En savoir plus sur l’effet social et individuel de ce nouveau monde de surveillance est donc absolument primordial. Pourtant, plusieurs facteurs se sont jusqu’ici opposés à cette quête de savoir: premièrement, l’étude de systèmes, dispositifs ou stratégies déjà en usage impose d’accepter la structure du système comme compatible avec les objectifs de recherche. Or, la plupart de tels systèmes sont implantés de manière incompatible avec la recherche: la science veut éclairer, alors que le fonctionnement de ces systèmes reste, pour de très bonnes raisons, confidentiel et caché. Deuxièmement, les systèmes déjà implantés sont inflexibles et leurs caractéristiques, d’ailleurs souvent déficientes, ne peuvent être ajustées à des fins comparatives et doivent être acceptées telles quelles par le chercheur. Troisièmement, pour des raisons éthiques, la plupart des expériences de surveillance réelle sont sévèrement limitées. Quatrièmement, les coûts associés à l’installation indépendante de tels systèmes sont prohibitifs, à moins de le faire à une échelle qui reste peu intéressante pour le chercheur. Cinquièmement, dans le monde réel la création d’événements ou de situations expérimentales à l’aide d’acteurs, par exemple, relève d’un niveau trop élevé de complexité et mène à des résultats discutables.

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Notre solution à cet état de fait est d’immerger les participants dans un univers virtuel en 3D sur ordinateur. Bien que peu utilisé comme outil de collecte de données, il est de plus en plus courant de voir ce type de système servir de plate-forme d’enseignement et de formation pratique et théorique. Dans ces contextes la simulation 3d a largement démontré sa capacité de reproduire les environnements physiques et sociaux de manière suffisamment réaliste (les participants n’oublient bien sûr pas qu’ils sont dans un univers virtuel) pour que les réactions et comportements constituent de très bonnes approximations de ce qu’on pourrait observer dans la réalité.

La structure physique du laboratoire expérimental devrait permettre d’inviter une dizaine de personnes à la fois à participer aux simulations. Localisée au pavillon de Koninck de l’Université Laval, la salle principale sera disposée de manière à ce que seules les interactions médiatisées par le système informatique soit permises (casque d’écoute, chaque moniteur visible seulement pour son utilisateur principal). Chaque poste informatique sera équipé d’une carte graphique de haute qualité et d’un écran large (24″) favorisant l’immersion dans la simulation et la maximisation de l’information transmise à chaque participant. Nous installerons également 3 écrans de grand format (42″) qui pourront, selon les besoins de l’expérience, offrir de l’information supplémentaire aux participants, durant les simulations. Ceci nous permettra d’évaluer l’effet de la disponibilité d’informations extérieures au monde virtuel. Une salle adjacente servira de salle de contrôle et d’observation.

Ainsi, le projet de laboratoire de surveillance virtuelle innove sur deux plans. Premièrement, il permettra d’avoir accès à des données entièrement nouvelles et sans équivalent à date au sujet de la réaction des individus à la surveillance; deuxièmement, il sera centré sur un outil de recherche également unique, qui permettra de recréer des conditions artificielles de surveillance dans un univers virtuel.

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Le laboratoire accueillera des participants qui devront compléter une série de scénarios dont les paramètres de départ seront ajustés en fonction de diverses questions auxquelles le chercheur désirera répondre. Par exemple, en variant les types de surveillance, on pourra comparer leur effet dissuasif. Dans l’univers virtuel la fréquence, l’intensité, la nature, le but et la cible de la surveillance peuvent être ajustés à l’infini. Le chercheur pourra également varier l’objectif donné au participant, déterminer s’il peut coopérer avec d’autres, ou s’il est plutôt en compétition avec eux. Il peut également établir le nombre de stratégies alternatives disponibles au participants; par exemple, peut-on éviter une zone surveillée, et à quel coût?

Pour mener à bien ces expériences, une base de données sur les comportements adoptés pour chaque variation du scénario, pour chaque participant, sera constituée et organisée pour faciliter l’analyse éventuelle des données. Ceci se fera à l’aide de la plate-forme logicielle de simulation elle-même, à laquelle nous aurons ajouté les codes nécessaires à la collecte d’information.

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